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Les vues d'optique

Si l’Europe des Lumières prise les vues topographiques des plus belles villes du Vieux Continent, les vedute peintes par Panini ou Canaletto n’étaient accessibles qu’aux classes privilégiées, assez fortunées pour acquérir ces onéreux tableaux. Au plus grand nombre, l’image des paysages urbains et des monuments remarquables se dévoilait à travers de modestes estampes.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, émerge un genre nouveau d’estampes, les vues d’optique, qui vont séduire toutes les couches de la société, de la rue jusqu’aux salons aristocratiques.

Les vues d’optique, aussi appelées perspectives, sont aisément reconnaissables : toujours de format horizontal, mesurant entre 20 et 28 centimètres de haut pour 35 à 45 centimètres de longueur, elles présentent des paysages, le plus souvent urbains, traités avec une forte perspective. La gravure, réalisée à l’eau-forte, est qualifiée de semi-fine. Imprimées en noir, les vues d’optique sont coloriées à la main avec plus ou moins de soin. La palette employée est assez restreinte : jaune, bleu, vert, rouge et rose sont les couleurs les plus courantes. Il est rare de trouver des impressions non mises en couleurs. Une lettre (texte gravé) accompagne toujours l’image pour expliciter le sujet. Le graveur est rarement mentionné, en revanche on trouve toujours ou presque l’adresse de l’éditeur.

Si l’effet de perspective est accentué, c’est que ces vues étaient destinées à être observées à travers un appareil d’optique, qui en corrige et en renforce l’effet de profondeur. Cet appareil impliquant l’usage d’un miroir, le titre de l’estampe est parfois imprimé à l’envers dans la partie supérieure pour faciliter la lecture à travers le dispositif optique.

Les vues d’optique connaissent une vogue importante dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Apparues probablement en Angleterre, elles séduisent rapidement l’Europe tout entière : plusieurs éditeurs, à Paris, Londres, Augsbourg et Bassano se spécialisent dans cette production à partir de 1740. Jusque dans les années 1790, de nombreuses estampes de ce type sont commercialisées. La production décline au début du XIXe siècle, concurrencée par des techniques nouvelles, comme la lithographie, et par des attractions visuelles plus impressionnantes, tel les diorama… Des vues d’optique continuent cependant à être éditées et actualisées jusqu’au milieu des années 1830.

Pour l’essentiel, les vues d’optique présentent des paysages urbains et des monuments remarquables des grandes villes européennes. Certaines destinations exotiques sont représentées, avec plus ou moins de fidélité. Les graveurs qui réalisent ces vues ne se sont en général jamais rendus sur les lieux qu’ils évoquent : aussi se contentent-ils de copier des dessins, des estampes ou même d’autres vues d’optique fournies par leur éditeur. Cela donne lieu à des productions parfois très surprenantes, comme cette représentation de Venise qui ressemble plus à une ville fortifiée par Vauban qu’à la lagune.

Si les vues topographiques forment la part la plus importante de la production, d’autres sujets sont traités par la vue d’optique : scènes mythologiques ou bibliques, à caractère moral, scènes d’actualité, qui se développent surtout à partir de 1790. Tardives, ces vues d’optique produisent des effets visuels moins recherchés que les productions antérieures.

Produites en très grand nombre, les vues d'optique ont été abondamment diffusées. Si beaucoup d’exemplaires ont disparus, trop usés pour être conservés, et jetés comme bien des imprimés courants, l’amateur trouvera dans les collections publiques et sur le marché de l’art des quantités importantes de vues d’optique. Malgré tout, cette production demeure encore méconnue, faute d’études approfondies : ainsi, il n’existe aucun catalogue raisonné répertoriant l’intégralité de la production, ce qui rend très difficile la datation des vues.